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A propos du projet d'usine de pellets torréfiés à Bugeat

4 Janvier 2018 , Rédigé par GDF Millevaches

Le projet d'implantation d'une usine de pellets torréfiés à Viam-Bugeat a fait l'objet d'une enquête publique d'un mois à la mairie de Viam, comme l'a rapporté le journal La Montagne, notamment dans un article du 16 décembre 2017. Le préfet de Corrèze doit se prononcer sur ce projet dans les mois qui viennent.

Le président du GDF s'exprime sur le sujet dans le présent article du blog. Julien Cassagne, membre de la commission communication, a déjà pris position le mois dernier. Vous retrouverez sa prise de position grâce à un lien dans un autre article du blog.

(Hugues Saunière)

Beaucoup d'entre nous sont dans une position schizophrénique. Bugeat va mal, il suffit de traverser la grande rue pour s'en rendre compte. Nous avons tous la nostalgie de ce bourg, animé par sa vingtaine de bistrots, son usine qui a employé une centaine d'ouvriers et sa foire aux veaux de lait réputée.

Aussi, l'usine à pellets représente un espoir après de nombreuses déconvenues. Un moyen de valoriser et de nettoyer la gare bois et la zone artisanale qui au fil du temps sont devenues des friches polluées, jonchées de pneus, véritable verrue dans notre beau pays vert.

Cette usine aurait besoin d'environ 113.000 t de produits forestiers (les prévisions initiales étaient de 300.000 puis de 200.000 t, la Direction Régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement de la Nouvelle Aquitaine autorise un prélèvement de 100.000 t) dont un peu plus de la moitié sous forme de souches, le solde proviendrait de bois issus de taillis, de la collecte des déchèteries (celle de Nexon fournirait 7.000 t) et de rémanents.

Cet approvisionnement nécessiterait environ soixante mouvement de camions de 24 t par jour. L'usine consommerait 2,6 m3 d'eau par heure puisés dans la très belle rivière qu'est la Vézère. Les concasseurs seraient confinés, les monceaux de pneus ramassés sur la partie Viam (curieusement, ceux situés sur Bugeat ne sont pas concernés) formeraient un écran végétalisé pour éviter la propagation des bruits.

Cette usine créerait environ dix-huit emplois et produirait 45.000 tonnes de pellets torréfiés capables de remplacer le charbon dans certaines centrale dont une partie partirait par la gare bois totalement inutilisée depuis sa création et que cette entreprise se propose de racheter.

Nous nous interrogeons sur l'opportunité de transformer du bois en charbon destiné à être brûlé dans des centrales thermiques dont la fermeture est annoncée (il est vrai que d'autres marchés existent) et sur le bilan carbone d'une telle opération que nous ne connaissons pas.

Cette usine peut avoir un impact sur la sylviculture de notre région. Depuis plus de trente ans, la majorité des plantations se font après dessouchement par une pelle, une mise en andains par bulldozer avec une lame râteau, suivis par un sous-solage là où la pente n'est pas trop forte. Cette technique permet un débroussaillage par gyrobroyeur  relativement facile. Bien des erreurs ont été commises mais elle est maintenant parfaitement maîtrisée.

Depuis quelques années est apparue la technique des potets simples ou travaillés qui remue moins le sol, ralentissant la pousse des adventices. Aujourd'hui, elle représente près de la moitié des plantations.

Une autre technique voit le jour et semble prometteuse, c'est celle des broyeurs forestiers dont certains sont capables de broyer les anciens andains et de les transformer en piste. Les rémanents restent sur toute l'étendue de la coupe, il n'y a aucun risque d'appauvrissement des sols.

Si ces deux techniques se généralisent, le stock de souches disponible pour l'usine risque de s'amenuiser. Faut-il pour autant condamner cette usine? Elle demande environ 70.000 t de souches, soit la production de 350 ha (un hectare fournit en moyenne 200 t de souches et de grosses branches) dans un rayon de 80 km autour de Bugeat.

Le territoire du PNR fournirait de 30.000 à 35.000 t, soit environ 30% du total, dont 10.000 t sous forme de souches qui nécessiteraient de les récolter sur environ 10 ha. Rappelons que le territoire du Parc dépasse les 300.000 ha. Ce prélèvement modéré nous semble parfaitement supportable et son impact est loin des prévisions catastrophiques de certains.

Cette technique peut rendre des services, nous l'avons vu aux portes de Sornac et près de Bellechassagne. Le chantier fini, la coupe devient un véritable champ facile à replanter ou à transformer en prairies. Une fois la plantation installée, tout dépendra de la conduite de cette dernière.

Le problème soulevé par les opposants est l'appauvrissement des sols et les risques d'érosion, déjà présents avec le sous-solage. Ce dernier ne doit pas être pratiqués dès lors que la pente est forte. pour éviter l'appauvrissement, les branches fines, riches en minéraux, devront être laissées sur place.

Nous avons, nous aurons sur le Plateau et en Limousin plusieurs types de forêt. Des forêts de feuillus en friche bien souvent; des forêts feuillues travaillées peu nombreuses pour l'instant et plusieurs types de forêts résineuses, d'autant que la gamme des essences est étendue. Certaines seront hyper-travaillées avec des amendements, d'autres beaucoup moins, d'autres encore pas du tout. Par endroits, nous voyons apparaître la forêt irrégulière continue même si la coupe rase restera pendant longtemps encore majoritaire.

Alors oui, donnons sa chance à cette usine et à cette technique qui en découle mais n'abandonnons pas notre objectif de créer une forêt pérenne, se régénérant et produisant des arbres de qualité dont le point de départ peut être ce genre de plantation.

Christian Beynel

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