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Hommage à Robert Nanot

24 Février 2022 , Rédigé par GDF Millevaches

Robert Nanot, du CRPF, nous a quittés il y a 5 ans.

En juin 2010, dans le numéro 16 de notre journal alors sans titre et comptant seulement 4 pages, Robert avait écrit un article plein de finesse et de sensibilité. Nous avons décidé de le publier dans le blog en hommage à ce compagnon de route du GDF:

"Fermeture paysagère, enfermement par la forêt, à cause de qui, au détriment de qui?

L'article de Claire Labrue (NDLR: géographe à l'Université de Limoges, a travaillé sur les impacts du reboisement) a eu le mérite de me faire réfléchir et de mieux observer les villages du Plateau de Millevaches que j'ai l'occasion de traverser souvent lors de mes déplacements professionnels. Depuis trente ans que je le parcours de long en large, le Plateau a vu son paysage évoluer sans que je m'en rende compte, l'ayant sous mes yeux presque tous les jours.

Il n'en est certainement pas de même, et j'en conviens, pour le natif qui a quitté ce territoire tout jeune, a fait carrière ailleurs, le plus souvent dans les grands centres urbains extérieurs à la région, qui est revenu "au pays" pendant ses quelques jours de congés annuels ou qui reprend, par exemple, la maison familiale, pour passer sa retraite au calme, près de la nature... Dans ce cas-là, que de changements... Où sont les grands puys tout roses des bruyères en fleurs des mois de juillet-août d'autrefois, que nous chantait Ségurel avec son accordéon?

Le paysage a changé, non par abandon, comme beaucoup ont tendance à le croire, mais parce que la plupart des propriétaires ont changé de statut: de propriétaires de landes et d'espaces ouverts, ils sont devenus propriétaires forestiers, car ils ont boisé leur héritage foncier. Ne leur jetons pas la pierre... Plutôt que de laisser ces espaces inutilisés, qui se seraient mal boisés naturellement, ils ont contribué à l'installation d'une filière bois et à la création d'emplois nouveaux.

Il faut aussi tenir compte actuellement que la filière bois résineuse est beaucoup plus développée et organisée que la filière feuillue dans la zone du Plateau de Millevaches qui, sur le plan géographique et climatique, est en zone de montagne, mais nous pouvons espérer à terme, que la filière bois feuillue s'installera dès qu'il sera possible de cultiver des espèces feuillues. Sur le fait de l'impact de la forêt sur les habitations, je pense que les affirmations de Claire Labrue ne sont pas exactes pour le Plateau. Comme beaucoup de résidents, moi aussi j'ai l'occasion d'aller "à la ville". Pour moi, c'est Limoges.

En observant les zones pavillonnaires des milieux urbains par rapport à l'habitat rural que je connais, je me rends compte de beaucoup de similitudes. Ce sont les mêmes haies qui délimitent les propriétés (thuyas ou lauriers). Lorsque les terrains sont plus grands, on peut voir en hautes tiges moult sapins bleutés, pins, et autres feuillus ainsi que des arbres à fleurs (cerisiers, prunus, tulipiers, ...). Lorsqu'il existe un jardin, on peut observer tout au fond des fruitiers tels que pommiers, poiriers, voire cerisiers ou même noyers dans les expositions les plus favorables. Les espaces pavillonnaires tant urbains qu'en villages sont vraiment ressemblants. Par ailleurs, n'oublions pas que la forêt sur la montagne est partie des alentours des villages, des bourgades. Marius Vazeilles habitait la périphérie de Meymac, les premiers résineux ont donc été plantés pour abriter les habitations du vent. Ils étaient à l'époque souvent installés en alignement (vois la commune de Millevaches), tout simplement pour éviter la formation de congères, très fréquentes à ces endroits par temps de neige. Les deux tempêtes de 1982 et 1999 ont, dans l'ensemble, fait réfléchir les gens, car on voit de moins en moins dans nos campagnes de grands sujets trop proches des habitations. Le bon sens des ruraux se ressent aussi, contrairement à ce qu'on peut penser, au niveau des prairies avoisinantes des villages ou hameaux où les surfaces ne sont pas reboisées et restent toujours destinées au bétail. la forêt n'est pas étrangère au vécu des habitants. Elle est encore possédée en grande partie par les Limousins, d'ici ou d'ailleurs. Elle est le lien avec le pays pour les émigrés devenus les originaires. Elle a rendu de grands services économiques au moment de la folie du cèpe et elle permet la chasse au grand gibier qui anime nos fins de semaine, à la saison.

J'ai donc envie de conclure que, citadin en zone pavillonnaire ou rural, le Français est amoureux des arbres puisqu'il les installe naturellement en bordure de ses habitations. Je crois que pour lui, c'est un moyen de profiter de la verdure, de la fraîcheur et de l'esthétique que ces végétaux peuvent leur procurer. La barrière végétale leur permet aussi de sauvegarder un espace de liberté qui les laisse à l'abri du regard du passant.

C'est à mon avis ce passant qui, frustré de ne pas pouvoir voir ce qui se passe chez son voisin, se plaint de voir les paysages se fermer!"

Robert Nanot

 

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