A quoi se confronte un propriétaire forestier lors de la gestion de sa forêt?
Animation grand public du 26 juillet 2025 à Ambrugeat
Il y avait 22 personnes intéressées de 15 à 84 ans, pour une balade découverte et débat, à l'invitation de l'association "La Maison sur la Place" d'Ambrugeat et du GDF Millevaches. Habitants du village, vacanciers et propriétaires forestiers composaient l'assemblée.
Le long d'un parcours d'un peu plus 2 km et 130 m de dénivelé au sein du GF "Entre voisins de Lafont" ont été abordés nombre des problèmes que rencontrent les propriétaires forestiers pour respecter leurs engagements de gestion durable (productif, environnemental et social), ou pour faire face aux aléas biotiques et abiotiques...
1) Comment gérer sa forêt quand une partie est en périmètre de captage (ici, plus de 20 ha sur un ensemble de 42 ha)?
On a vu que même si la réglementation cadre une partie des pratiques, la volonté des gestionnaires peut conduire plus loin dans la prise en compte de la dimension sociale de l'eau. Ainsi, en a-t-il résulté du choix des essences, de la sylviculture mise en oeuvre (mélange feuillu résineux et perméabilité du couvert). En revanche, à titre de reconnaissance, lors de la mise en conformité des captages après la loi sur l'eau de 2001, le GF a pu obtenir des communes concernées une indemnité dont le placement permet d'amortir une part des surcoûts liée aux bonnes pratiques.
2) Quelle conduite adopter face aux aléas biotiques et abiotiques, notamment à ceux redoutés suite au changement climatique?
Trois situations distinctes sur le parcours ont permis au public de constater que la vie des peuplements ne se passaient pas forcément comme le prévoit la théorie et la prise de risque était une composante inéluctable et importante de l'état de propriétaire forestier.
- dans la première, depuis 5 ans et sur 4 ha, un peuplement de Grandis de 40 ans éclairci 3 fois dépérit progressivement au rythme de 7 à 18 m3/ha/an sans que les arbres morts ne soient récoltés ni m^me que la décision ne soit prise de passer par la coupe rase. A la surprise des participants, le choix a été fait de parier sur la régénération naturelle et l'enrichissement. De fait, il a été déjà introduit partiellement des Douglas, Sapins pectinés et Erables en sous-étages tandis que l'observation montre qu'à la régénération de Grandis se mélangent en nombre suffisamment important des semis de Douglas, de Pins sylvestres et de quelques feuillus divers (châtaigniers hêtres, bouleaux, chênes pédonculés...). Les Grandis ayant résisté seront récoltés progressivement, une fois la régénération développée.
- dans la seconde, sur deux poches de 10 ares, chacune résultant de la mortalité d'épicéas de 40 ans par scolytes (invasion elle-même consécutive à un important bris de neige) après coupe rase, il a été introduit du Pin Laricio et et du Cèdre de l'Atlas par plantation dans des potets créés à la pelle mécanique
- la troisième concerne 6 ha d'épicéas communs de 40 ans dans laquelle il a été laissé du bouleau en mélange pour des raisons sanitaires et de perméabilité du couvert. Ce peuplement étant de médiocre venue et encore non éclairci (soumis également aux menaces de scolytes), il a été choisi d'y entreprendre une transformation par enrichissement en sous-étage. Ainsi, après éclaircie, environ 200 potets/ha ont-ils été ouverts à la pelle mécanique depuis les cloisonnements. Y ont été introduits Sapins de Bornmuller, Pectinés, Douglas, Cèdres, Pins maritimes, Erables à raison de 2 à 3 plants différents par emplacement. Là encore, on compte sur la régénération naturelle de Douglas grâce aux peuplement environnants pour compléter.
Plus de 3 heures se sont écoulées entre l'entrée et la sortie de la forêt. N'est-ce-pas un peu la preuve de l'intérêt que les présents ont accordé aux problèmes forestiers?
(Auteur: Bernard Palluet)